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Relations Maître de Jeu et Joueurs : Manifeste pour la Co-Responsabilité

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Le post précédent sur Donjons et Dragons m’a fait réfléchir.

Dans de nombreuses parties de ma jeunesse, et encore maintenant dans certaines conventions, certains joueurs arrivent autour de la table en consommateur, se comportent comme si le maître de jeu était juste leur prestataire ludique. C’est assez dur d’aborder ce point sans faire du pointage de doigt, alors voici le genre de comportement récurrent que j’ai observé :

  • monopolisent le temps de jeu autour de leur personnage (aussi appelé “hypnotisation de maître de jeu”)
  • ne respectent pas nécessairement l’ordre des tours
  • interprètent et négocient toujours les règles
  • trichent aux dés
  • font toujours des messes basses ou des apartés avec le maître de jeu (généralement ils s’assoient à côté)

En un mot, pas coopératifs, voire carrément abusifs. Bon, normalement ça y est, vous les reconnaissez -je suis sûr que vous avez mêmes quelques prénoms dans votre tête ; en général, ce sont toujours les mêmes personnes. Au bout du compte, certains sont de vrais pourrisseurs de parties. Et pourtant, en dehors du jeu, ce sont des potes comme il faut ; c’est pour ça qu’on les tolèrent.

En fait, ces joueurs ne sont pas rares : à la louche, je dirai qu’1 joueur sur 10 a un comportement de consommateur abusif. Au doigt mouillé. Ca fait que dans vos 3 ou 4 premières parties au maximum, votre expérience de jeu a été gâchée par un comportement comme ça. Faites pas vos timides, je sais que vous avez un nom en tête, et je sais ce que vous en pensez. Mais oubliez-les, mon propos ici n’est pas de les stigmatiser. Ce n’est pas d’eux dont je veux parler, c’est de nous. Je veux parler de notre réaction suite à ces expériences désagréables, et leur influence sur les relations joueur / MJ en général.

Une fois qu’on a été exposée à ce type de comportement, voilà l’évolution type que j’ai observé :

  • Un maître de jeu, en progressant, prend rapidement un style autoritaire. Il peut être souriant et jovial, mais il apprend à ne pas s’en remettre aux joueurs pour le déroulement de la partie. Il vérifiera les points de règle, l’ordre des actions (qui joue avant qui), les jets de dés et les calculs des score.
    Il verra même avec méfiance toute initiative d’un joueur pour l’aider à gérer la partie : il arrive que les joueurs abuseurs aident… pour essayer de tirer des avantages, sans se soucier que ce soit au détriment des autres joueurs. Dur à arbitrer.
  • Par conséquent, les joueurs bienveillants deviennent eux aussi des consommateurs. Petit à petit, ils renoncent à toute initiative d’aider le maître de jeu, car celui-ci le leur refuse. Au mieux, ils essayent d’être des joueurs agréables, mais ce n’est pas facile, face un MJ tendu. Ensuite, si le “consommateur abusif” commence à leur pourrir la partie, le reste des joueurs en voudra au maître de jeu : c’est lui qui anime, c’est à lui de gérer les problèmes. Ayé, le joueur lambda se comporte comme un “consommateur” ou un “client” de la partie ; moins relou certes, mais un client quand même.

Je suis joueur et maître de jeu depuis 15 ans et des poussières -je ne joue pas intensivement, mais régulièrement- et j’ai eu cette double évolution. Les joueurs et MJs que j’ai croisé me laissent penser que c’est une tendance générale : je les ai imités dans cette tendance, ils m’ont conseillés dans cette tendance, et j’en ai incité d’autres à faire pareil.

Pourtant, si je fais le bilan des idées que mes potes et moi avons identifiées pour accélérer nos parties (toujours cf. ici), une tendance inverse se dégage : on a écrit noir sur blanc que le bon déroulement de la partie est de la responsabilité de chacun. J’ai dit que mon plaisir à faire jouer des scénarii avait grandit, je crois qu’il en va de même pour les joueurs, et je pense que la qualité des parties a progressé.

J’en sors avec cri du coeur, mon manifeste pour des parties plus faciles, plus passionnantes :

Si tu es joueur : aide le maître de jeu à animer sa partie

Tu es aussi responsable que lui du bon déroulement de cette partie, et du plaisir que prennent tous les joueurs.

Il y a pas mal de sujets sur lesquels tu peux proposer ton aide :

  • abréger les discussions qui ne concernent pas le jeu
  • la gestion de l’initiative en combat
  • les règles
  • la logistique-pizza-coca
  • l’aide aux joueurs débutants

et bien d’autres.

Si tu ne sais pas comment t’y prendre : face à un MJ un peu stressé, tu peux tout simplement demander “puis-je faire quelque chose pour t’aider ?”. Cette manifestation de soutien, je l’ai déjà vécue de la part de joueurs dans une partie difficile à gérer, c’est une vraie bouffée d’air pour un maître de jeu.

Si tu es maître de jeu : demande de l’aide à tes joueurs

Le bon déroulement de la partie ne repose pas sur tes petites épaules.

Tu seras étonné de voir à quel point les joueurs deviennent coopératifs si tu leur transmets des responsabilités. Personnellement, j’ai fréquemment délégué les points précédents, et même récemment la musique, les noms de personnages secondaires, et… une cuisine plus équilibrée. Je dois pouvoir aller plus loin dans le partage des responsabilités… je me soigne.

Le droit de choisir ses partenaires de jeu

Bon, reparlons de ces joueurs “consommateurs”.

On a quel âge maintenant, 30 piges révolus ? Nous avons un travail, certains ont des gamins… il est peut-être temps d’appliquer au jeu ce qu’on a appris dans la vie. On est pas obligé d’accepter une situation qui nous gêne. Communication non-violente, assertivité, arrêter de jouer, voire virer le joueur, on a le choix des armes. L’essentiel est de refuser que la situation continue. Je sais que ce sont souvent des amis proches. Mais les amis ne pourrissent pas les parties des copains intentionnellement. Simplement, ils font parfois des erreurs. Et ils comprennent quand on leur en parle.

Je ne suis pas à l’abri moi-même d’avoir ce type de comportement de temps à autre ; alors je le dis à tous mes futurs partenaires de jeu : dites-le moi, et virez-moi si ça ne va toujours pas. J’aime trop le jeu de rôle pour vous le gâcher.

Ils nous restent des années de jeu ensemble, alors ça vaut bien le coup d’une petite mise au point, non ?

4 comments

  1. +1 et c’est pas évident à gérer des fois.

    D’abord on a abordé calmement le sujet avec lui, promesse de faire gaff etc… parties suivantes par de changement donc je passe en mode “berserk” en lui disant que je sais qu’il ne fait pas gaff et se rend pas compte mais c’est vraiment injouable et donc qu’il fasse vraiment un effort, mais toujours rien…
    La dernière fois on a voté son renvoi à l’unanimité, mais pour éviter les problèmes dans la vie courante, qui aurait très mal pris cette décision, pour lui il n’y a simplement plus de partie organisé par manque de temps…

    Bref je souhaite courage à tous les MD qui rencontrent ces cas la et surtout les cas agavé incapable de changer…

  2. le fait d’améliorer la logistique de jeu peut vite devenir addictif.

    je m’explique : j’ai motivé mes joueurs en leur proposant des cartes pour résumer leurs sorts, les résumé des actions possibles, des photocopies couleur de quelques pages de livre du joueur, etc…

    Depuis, je constate que celui qui a imprimer de jolies cartes d’actions spéciales s’éclate en combat et ramasse les honneurs assez souvent.

    Fatalement les autres suivent pour devenir aussi bon. C’est un peu comme le fait de faire du Haut niveau dans un MMORPG, pour ceux qui connaissent.

    Devenir meilleur est possible. Parce que D&D est axé sur les règles et sur le combat, plus souvent que sur le Roleplay.

    merci pour l’article

  3. @emmanuel
    merci pour le témoignage ; je crois qu’il va être temps maintenant qu’on cherche des cas “bien gérés” de joueurs difficiles pour voir ce qui marche et marche pas
    @baptiste
    et donc, tes parties s’améliorent, c’est ça ?

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