Rotaract Renaissance

Rotaract France : mon épilogue – 1/3 – analyse et renversement d’une dégringolade

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Chers rotaractiens,

J’ai passé 2 ans au bureau national du Rotaract France, au cours de laquelle chaque année j’ai diffusé différents messages.

Ceci est le dernier, mon épilogue personnel.

A bien y réfléchir, je n’ai jamais couché par écrit mes messages précédents. Afin que vous remettre dans le contexte, je vais essayer d’en faire une synthèse.

Pronostic vital engagé

Certains symptômes m’amenaient à la conclusion que nous étions mourants : la sensation que chaque année tout doit être recommencé ; que chaque initiative devient plus difficile, qu’une simple newsletter demande un effort anormal ; et nous n’avions eu aucune candidature au poste de coordinateur national pendant 2 années consécutives. En médecine, quand maintenir un état stable demande un supplément d’effort, c’est qu’on est mourant.

Prenant conscience que chaque voix pouvait alors compter j’ai décidé d’ouvrir la mienne et de proclamer haut ce non-dit lors de la convention nationale : notre mouvement était en dégringolade, nous ne pouvions plus nous contenter de laisser les choses dans l’état ou nous les avions trouvé. J’allais, de mon côté, investiguer sur le pourquoi d’une telle chute. C’était en 2008.

(je reviendrai plus tard sur ma prise de conscience et ses circonstances).

Tipping point

En 2009, j’ai donné les quelques raisons que j’avais identifiées, qui prises ensemble avaient pu amener la dégringolade de nos effectifs :

  • une fragmentation : avec 18 districts sur France, Andorre et Monaco, chaque effort de stimulation doit être reproduit 18 fois, et l’émulation est autant pénalisée. Il nous a fallu 2 ans de travail au bureau national pour reprendre un contact régulier avec tous les districts.
  • un seuil critique : lorsque l’on est peu nombreux et dispersés géographiquement, la connaissance devient distribuée sur un petit nombre de personnes, et peut facilement être perdue. 1/3 des effectifs sont renouvelés chaque année (estimation personnelle empirique). Le savoir-faire se perd, et en perdant la mémoire nous avons du mal à prendre du recul et à comprendre ce qui nous arrive… c’est un cercle vicieux.
  • un paradoxe : la création de la coordination nationale. Censée rapprocher les rotaractiens de France, elle a probablement créé un conflit d’émancipation vis-à-vis des Rotary’s. Les clubs rotariens, en perdant leur rôle de référents, l’auraient mal vécu -chaque club a des parrains rotariens, après tout. Et nous sommes devenus… disons… un peu arrogants, ayant enfin une structure à nous -un syndrome père-fils, en somme. Sachant que le réseau rotarien nous amenait 1/3 de nos recrutements (estimation généralement admise), un petit calcul montre vite l’influence qu’une mésentente avec les rotariens peut avoir sur nos effectifs : 1/3 de recrutement en moins, c’est une diminution de moitié des effectifs en 5 ans.

Pour mieux comprendre ce type de phénomène, vous pouvez lire The Tipping Point, de Malcolm Gladwell, ou comment les changements positifs et négatifs se produisent à la manière d’épidémies soudaines, propagatoires et fulgurantes. Ils sont issus d’une combinaison de facteurs, d’effets de seuil et d’initiatives d’un petit nombre de personnes qui atteignent un tipping point -un point de bascule.

Un tipping point, c’est ce qui nous est arrivé.

Objectif : 3000

L’année dernière, en 2009, j’ai donc proposé un objectif formulé simplement : devenir 3000 (avec le soutien inénarrable de l’équipe du bureau national, bien entendu). C’est ma définition de notre poids de forme, que je compare à un pays comme l’Allemagne, avec 2800 rotaractiens, ou l’Italie, 5500. Il n’est pas normal d’être si peu, notre cause est belle : l’amitié entre les peuples ; nos valeurs dans l’action sont classes : “l’amitié par le service”, développer ses compétences au service d’une cause ; nous tissons des liens forts, de nombreuses amitiés par delà les frontières.

Imaginez ce que serait une France à 3000 rotaractiens :  la puissance de frappe en communication et en recrutement ; la capacité de faire bouger ce qui nous tient à coeur, les actions qui envoient du lourd ; le réservoir de talents dans nos rangs. Si on est au Rotaract, c’est pas pour laisser le monde dans l’état où on l’a trouvé, non ? alors si on commençait par appliquer cet ambition à nous-même ? Il est temps de voir grand, là, tout de suite.

Le coeur d’un adolescent

Aujourd’hui, l’objectif 3000 a un an. Au sein du bureau national, nous avons tâché de le stimuler au travers des forums ouverts, un contact de terrain (Mickaël Jaud, notre président, a parcouru 30.000 km à visiter les clubs), et surtout par un soutien sans faille aux initiatives ambitieuses. Nous ne sommes pas encore 3000, mais les indicateurs aujourd’hui me font rougir de plaisir :

  • nous avons retrouvé beaucoup de clubs isolés, repris un contact régulier avec l’ensemble des 18 districts : ils nous parlent de leurs effectifs, des dernières actions qui font leur fierté, des difficultés qu’ils rencontrent. Vu du bureau, nous qui connaissions à peine ces gens, nous avons aujourd’hui les derniers potins d’un bout à l’autre de la France, c’est devenu une vraie conciergerie.
  • il y a depuis 2 années consécutives plusieurs candidats à la présidence de la coordination nationale. Nous attirons les leaders.
  • la présence aux 4 week-end nationaux annuels bat des records : 50 personnes systématiquement, les places sont prises en quelques jours.
  • nous voyons de nouveaux projets ambitieux, comme Musisep’ Tour, qui fédèrent au delà des clubs et des districts.

C’est lors de cette dernière Convention Nationale que j’ai été impressionné par notre nouveau dynamisme, une énergie perceptible à la fois dans les ateliers… et dans les soirées. Le poul est bon, il y a du sang frais, l’oxygène arrive à toutes les extrémités… le coeur du Rotaract en France bat comme celui d’un adolescent en émoi. Ça m’arracherait presque une larme.

Vous l’avez compris, c’est avec une certitude absolue de notre expansion future que je quitte le Rotaract aujourd’hui.

(à suivre : ce que j’ai appris)

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